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Le voyage pour Okinawa, durant l'été 2002, aura inspiré quelques karatékas dont nous livrons ici quelques récits et "carnets de voyage"...
> Récit de Luc > Récit d'Arnaud
> Récit de Luc Martin
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OKINAWA juillet-août 2002
- aux sources du karaté
(Quelques pages tirées de mes carnets, subjectives évidemment, et qui n´engagent nullement mes compagnons d´armes, et de voyage, Arnaud Einhorn, Olivier Simon, Frédéric Itthirad, à qui je les dédie pourtant affectueusement.)
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1/ On part pour le Japon, le 25/7, konnichi wa (bonjour!).
Prenez un discret Strasbourg-Paris en train: 4 heures; ajoutez un Roissy-Tokyo très animé - une cinquantaine de karatékas de France, parmi lesquels on retrouve Mouloud Boumedhel, Nathalie Luce, Alphonse Francine, Maurice Roggero, Bernard Mathaé (que je découvre assis, ô hasard! à côté d´une élégante japonaise), Lambert Flusue, Tanian, Thierry Lorent (qui songe à s´installer à Naha), Sandrine Renaud, Gérard Zamour, Francis Lam, Tierry Michel (accompagnée de notre Cyrielle Weisgerber alsacienne), Didier Guibert, Aïnouche Sofiane (que je remercie de s´être occupé de toute les tâches administratives) - que ceux j´oublie me pardonnent ! -, conduits par Maître Chinen (accompagnée de sa femme et de son fils), sous le regard quelque peu inquiet des gracieuses hôtesses de la compagnie ANA (All Nippon Airways): 11 heures; ne ratez pas (heureusement que l´avion a du retard) le Tokyo-Naha, capitale de la préfecture d´Okinawa: 1h 30; là, dîner rapide mais savoureux dans un bouge (bol de soupe rempli de lamelles de viande, de nouilles, d´autres choses, petit bol de riz, thé vert) et courte nuit dans un petit hôtel frais; dépêchez-vous pour le Naha-île de Jima (lieu de naissance de Maître Chinen): 2 h de car + 1 heure en bateau. Saupoudrez le tout de - pêle-mêle - transferts, bagages pesants (à nos pieds ou sur nos genoux), innombrables cartons de vin ou de champagne (sic), victuailles avalées à la hâte, décalitres d´eau, de soda ou de bière (au choix), milliers de pas perdus et de minutes d´attente sous l´impitoyable soleil...
Qu´importe! au bout, le troupeau suant, ruminant, mais bêlant de contentement, mené par ses maîtres, arrive dans ses verts pâturages: camping, où l´attendent deux longues tentes, ouvertes à la lumière mais fermées aux moustiques, un auvent protégeant tables, bancs, batterie de cuisine, et quelques discours de bienvenue: celui, ému, du maire de l´île, qui accueille l´enfant du pays; la réponse, pleine d´humour de Maître Chinen (en japonais, bien sûr: j´interprète ici gestes et expressions des visages).
L´on échange des cadeaux: du champagne et du vin pour le maire et d´autres invités, des tongues pour nous, puis... à la vôtre! (enfin!)
--- Pas de beaujolais pour moi, merci; mais cette bière, tirée de la glacière...
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2/ sur l´île de Jima (du 27/7 au 31).
Le lendemain, début d´un régime strict : lever avant le soleil, rapide petit- déjeuner, karaté-gi: n´oubliez pas de vous pommader! la nuque, les mains, le nez, les orteils! Et nous voici tous au travail, en plein air, sur l´herbe encore fraîche et glissante de l´aube, sous la férule de Maître Chinen et de ses assistants: les Français, venus de toutes les régions de France, parmi lesquels un certain nombre de vétérans qui ont déjà «fait » une ou deux fois même Okinawa et qui font profiter des fruits de leur expérience passée les nouveaux, comme nous quatre de Strasbourg, et les fidèles Polonais de Maître Alexander.
Deux heures plus tard: la longue plage blanche comme récompense, à quelques enjambées du camping, l´immense mer opale, rafraîchissante, l´éclat du soleil. Midi: le repas préparé sous l´autorité de quelques délicats karatékas-cuisiniers; la vaisselle, faite à coups de puissants zuki aquatiques.
L´après-midi: bienheureux farniente! on sommeille, on cause sous les tentes, Arnaud lit un polar, Olivier dort profondément, Frédéric a disparu, moi, je baye aux corneilles. Quand le soleil s´éloigne, qui le veut se baigne, pêche, exécute des katas, manie les armes du kobudo ou ne fait rien.
Le repas du soir permet de faire connaissance: le sympathique couple Corinne Solas et Philippe Goreaud; Christian Venturi et Alain Serville, qui enseignent le karaté depuis des lustres dans le sud de la France...
Puis dans la nuit, chants antiques (Hugues Aufray et consort) repris en choeur, accompagnés à la guitare d´Alfonso...
Mais que la mer est bleue et translucide! Qu´importe si l´archipel dessine à peine sur les cartes une série de points minuscules bien au sud de l´île principale du Japon. Okinawa: corde (nawa) perdue dans l´océan (oki)...
Et les journées passent sur ce rythme lent - après l´énergique entraînement du matin, certes: un après-midi, Maître Chinen, son kubakasa sur la tête (chapeau conique formé de feuilles séchées de palmier), nous emmène découvrir en mini-bus son île, dominée par un éperon rocheux boisé (temple naturel autrefois hanté de nombreuses divinités), du haut duquel on l´aperçoit tout entière. De nombreuses stèles, érigées le long de la route côtière, rappellent les combats meurtriers de la dernière guerre: en dépit de la résistance désespérée des Okinawaïens, exigée d´eux par le gouvernement belliciste, les Américains conquièrent une à une les nombreuses îles de l´archipel. Femmes, enfants, vieillards terrifiés se réfugient dans les grottes, minuscules comme leurs maisons ou grandes comme des temples, qui s´ouvrent sur la mer; on meurt de faim, de froid, de blessures; des centaines de familles entières se suicident en se jetant du haut des falaises...
Un soir, sur l´estrade à auvent du camping, et devant la population des lieux, démonstration par des équipes de volontaires de katas de karaté ou de kobudo. Maître Chinen exécute un kama: kata du kobudo qui consiste à manipuler, tout autour de son corps et particulièrement entre les jambes et autour du cou, deux faucilles aiguisées et réunies par une cordelette; Maître Chinen est impressionnant par sa vitesse et par l´évocation des coups mortels qu´il pourrait porter contre un ou plusieurs adversaires...
Un groupe de danse folklorique typiquement okinawaïen nous fait découvrir le monde mystérieux des kimonos étincelants de couleurs, des chapeaux bouffants, celui des gestes lents et hiératiques, des visages blancs, immobiles, où le maquillage souligne fortement les yeux et les lèvres, celui de la musique suraiguë et incantatoire des sanshin (sorte de luth à trois - san - cordes) sur le rythme puissant et sourd des tambours. Certains enchaînements rappellent des parties de kata. La fête continue avec le public: on monte sur la scène, on chante en choeur des chants okinawaïens et français...
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